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Julien Buot, directeur d’ATR (Agir pour un tourisme responsable) "Le tourisme est toujours propice à la rencontre"

Il appartient à la génération montante des voyageurs qui ne se contentent pas de voyager mais qui réfléchissent au sens de leurs voyages. Equipé d’un solide bagage universitaire et d’expériences de réflexion et de terrain, Julien Buot est engagé dans une association qui tente de faire bouger les lignes du tourisme traditionnel vers un tourisme responsable et solidaire. D’autant que 2017 sera l’année internationale du tourisme durable sur décision de l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies. Nos routes se sont croisées par hasard au Vietnam où il m’a raconté ce que lui inspirent ses voyages en particulier et les voyages en général.

Julien Buot, directeur d'ATR (Agir pour un tourisme responsable) au Maroc en 2002

Comment en êtes-vous arrivé au tourisme durable et responsable ? Avant d’y arriver par une approche professionnelle, je suis d’abord venu au tourisme durable par une approche personnelle, aussi bien par mon éducation familiale que par l’institution scolaire qui m’a permis de faire très tôt des voyages de découverte de l’environnement naturel et culturel du littoral normand puis, plus tard, d’aller à la rencontre de jeunes allemands. Pour mes parents, qui étaient médecins, les vacances dès que possible, c’était forcément partir et s’évader. On devait être curieux et se libérer des contraintes du quotidien. Ils nous embarquaient dans toutes sortes de voyages, pas très organisés, sans trop de programme, un peu à l’aventure. Ainsi, nous marchions beaucoup en Normandie, on est partis en camping-car en Norvège, en voiture de location aux Etats-Unis, avec une agence locale au Pérou, etc. C’étaient toujours des expériences marquantes en raison de la diversité culturelle du monde qui oblige à avoir une attitude humble. On s’enrichissait de ces voyages en apprenant des autres, quelle que soit la destination, France, Italie, Maroc, etc...

 
Est-ce que vous avez voyagé différemment à partir de votre majorité ?
A partir de mes 18 ans, mes choix de destinations étaient différents et ont été une occasion d’apprendre sur la diversité des manières de voyager. Qu’il s’agisse de séjours d’agrément ou de déplacements professionnels, en liberté ou en groupe, j’en ai toujours profité pour étudier et réfléchir sur le sens des voyages. J’ai découvert le Sahara grâce à Maurice Freund, qui avait fondé le Point Afrique et qui affrétait des avions vers la Mauritanie. J’ai beaucoup voyagé au Maroc qui est le pays que j’ai le plus visité. J’ai aussi voyagé en Jordanie avec Nomade Aventure. Les déserts  m’ont toujours beaucoup marqué à cause de leur sobriété, leur calme et leurs espaces infinis. Ils sont un retour à l’essentiel, un temps de réflexion pour se demander "qui suis-je, où vais-je ?".
J’aime en particulier la marche à pied qui est un moyen privilégié de penser et le meilleur moyen de rencontrer des gens. Quand on arrive à pied dans un village, par exemple, l’accueil est toujours différent que pour les visiteurs qui arrivent en car, le dialogue est plus facile.
J’ai aussi commencé à voyager seul. Par exemple, je suis parti au Mali en 2008 à l’occasion d’un Forum international du tourisme solidaire. Ce qui m’a le plus marqué dans ce voyage, ce sont les dialogues à bâtons rompus sous les étoiles avec les maliens. On dit "la main de celui qui donne est toujours au-dessus de celui qui reçoit", et le touriste, même "solidaire", reste souvent un client. Mais  je pense que le voyage peut effacer des barrières culturelles et hiérarchisantes lorsque l’on prend le temps de la rencontre par petits groupes. En restant humble et à l’écoute, l’hôte peut se dévoiler.
Je pense néanmoins que la petite taille des groupes n’est pas une condition du tourisme responsable. Si les flux de voyageurs sont déconcentrés, répartis sur un grand espace, et dans le temps tout au long d’une journée ou d’une année, le tourisme de masse n’est pas forcément mauvais. C’est le concept de la dispersion, qui est une solution possible pour mieux répartir les flux de touristes et partager les effets tant positifs que négatifs qui vont avec. Et ainsi garantir aux touristes une meilleure visite d’un territoire qui mérite d’être aménagé en conséquence.
 
Votre formation et vos premières expériences professionnelles vous ont elles préparées à aborder le tourisme autrement ?
Je suis en effet tombé très tôt dans la marmite du tourisme durable à travers un stage au Conseil National du Tourisme à qui j’ai remis en 2001 un rapport sur l’éthique dans le tourisme en général et dans les voyages en particulier. Etudiant à Sciences Po Lille, j’ai poursuivi mes recherches pour identifier et valoriser les acteurs qui agissaient concrètement sur le terrain en faveur du développement durable du tourisme, parmi lesquels Atalante, à l’initiative de la Charte éthique du voyageur et qui allait participer à la création de l’association Agir pour un Tourisme Responsable. J’ai ensuite découvert, dans le cadre de mon premier job que beaucoup de professionnels faisaient du tourisme durable sans le savoir. Ainsi lorsque je travaillais pour l’association Normandie Mémoire en charge de l’organisation du 60ème anniversaire du débarquement et de la bataille de Normandie, notre objectif était d’associer la population locale aux événements mais aussi de répartir aux mieux leurs impacts dans le temps et dans l’espace, à savoir pas uniquement sur les plages début juin mais dans l’ensemble du territoire et tout au long de l’été 2004. Mon engagement militant aux côtés de Dora Valayer au sein de l’association Transverses puis du réseau Archimède, m’ont aussi permis de rencontrer beaucoup d’acteurs engagés dans la solidarité et l’écologie dont le tourisme est un formidable vecteur. Le Master en médiation et ingénierie touristique et culturelle des territoires, obtenu en formation continue à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle en 2006, m’a aussi permis d’enrichir mes connaissances du monde du tourisme et de la manière de le faire évoluer.
 
J'ai remarqué que vous appréciiez la cuisine pendant vos voyages ?
J’ai observé que faire de la cuisine ensemble était un bon moyen de rencontrer l’autre pendant des voyages. J’ai pu en faire par exemple l’expérience au Maroc en pleine récolte du safran, où nous apprenions à utiliser cette épice merveilleuse dans des mets tous plus exquis les uns que les autres.
Je m’intéresse beaucoup à l’agriculture et je cultive mon potager depuis dix ans. Depuis peu, j’élève même quelques volailles. Je mange bio et m’interdis par exemple de consommer des tomates en hiver, tellement moins bonnes que celles que je déguste en été. Je me suis impliqué dans le réseau des Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) et du "slow food". Ce qui m’intéresse c’est de comprendre les filières, les saisons, depuis le terroir jusqu’à l’assiette. Pour moi goûter et découvrir de nouvelles saveurs est un véritable motif de voyages. Je suis obsédé par l’éveil des sens. D’ailleurs j’observe que les voyages sont de plus en plus gustatifs. Je me souviens très bien des parfums de la vanille et du café en Guadeloupe, de la crême de pistache et de la marmelade de mandarine en Sicile, de la bière de blé et des tartes aux pommes à la cannelle en Autriche, etc.
 
Quels sont vos plus beaux souvenirs de voyages ?
Petra en Jordanie m’a plongé dans le film "Indiana Jones et la Dernière Croisade". En découvrant cet endroit, et grâce aux talents des guides locaux on approche du site sans s’y attendre. Quand il se dévoile, c’est bluffant. Au cours du même voyage en Jordanie, j’ai fait une randonnée dans le désert du Wadi Rum et là, je me suis cru dans un film de Star Wars. C’est d’ailleurs dans ce paysage magique que j’ai demandé ma femme en mariage, un jour de Saint-Valentin !
Un autre beau souvenir est un séjour que j’ai fait dans le gîte d’un petit village malien entre Ségou et Bamako. Je terminais un séjour professionnel à Bamako que j’avais voulu prolonger. Je ne m’attendais pas à partager autant de choses avec l’homme qui m’a accueilli. Dans un lieu calme et paisible, nous avons eu un partage sur l’humanité, d’une profondeur rarement atteinte, même avec ma famille ou mes amis. J’avais l’impression d’être à ma juste place. En sacrifiant une dinde devant moi pour me l’offrir en dîner, je me suis senti très honoré et particulièrement proche de l’homme et de la nature qui m’accueillaient. C’est la preuve qu’on peut avoir de vrais moments de partage n’importe où dans le monde. Si on est perçu en tant que voyageur humble, on peut se sentir à sa place partout. Mais quand on ne se sent pas à sa place, qu’on sanglote - à l’image de l’homme blanc de l’écrivain Pascal Bruckner qui ne se remet pas d’être l’héritier d’un empire colonial, cela peut devenir malsain. Personnellement, je ne me sens ni redevable ni coupable de l’histoire française. Je m’y intéresse, je peux en témoigner mais je vis avec mon temps et tente de le partager avec celui de mes contemporains. Et le voyage tend plus à me rapprocher des autres qu’à m’en éloigner fort heureusement.
 
Julien Buot à Nyamina au Mali
 
Votre vie professionnelle et vos engagements ont-ils fait évoluer votre perception des voyages ?
Ma chance est que mon métier m’amène à voyager et à réfléchir sur le sens des voyages. Comme je l’ai dit, j’ai commencé à travailler à un niveau institutionnel et je pense que les pouvoirs publics ont une responsabilité importante pour améliorer l’accueil des étrangers mais aussi l’envoi des français à l’étranger. Au même moment où je travaillais sur les questions d’éthique dans le tourisme, j’ai aussi milité pour l’accueil des sans-papiers… à Lille. J’ai  aussi travaillé pendant 6 ans pour l’Association pour le tourisme équitable et solidaire (ATES) qui est un véritable laboratoire d’idées autour d’un concept intéressant  "faire du tourisme un outil de développement". Mais il ne mobilise encore que trop peu de voyageurs et les pionniers du tourisme alternatif devraient se confronter davantage aux opérateurs du tourisme conventionnel, pour mieux diffuser leurs innovations mais aussi prendre conscience que le tourisme solidaire est un combat partagé et à partager par tous les acteurs du voyage. Aujourd’hui je dirige l’association "Agir pour un tourisme responsable" (ATR) qui regroupe les tour-opérateurs français engagés dans la responsabilité sociale et environnementale de leurs entreprises, et qui en font la démonstration à travers le label ATR. Personnellement, je suis adhérent du parti Europe écologie les verts (EELV), convaincu de l’importance de partager collectivement et politiquement des valeurs et des innovations qui répondent aux grands enjeux du XXIe siècle. J’essaie de me nourrir de rencontres et de lectures avec des penseurs comme Pierre Rabhi, Axel Khan, Sylvain Tesson, Matthieu Ricard qui promeut un altruisme "bon pour la santé", Charles et Perrine Hervé-Gruyer chantres de la permaculture et installés près de chez moi en Normandie. Mais je cherche aussi l’inspiration chez Jacques Ellul, René Dumont ou Gandhi et d’autres personnalités comme Jean-Claude Mairal, Pascal Canfin, ou Nicolas Hulot.
 
Quelles idées par exemple vous tiennent à cœur aujourd’hui en matière de tourisme ?
Par exemple, je suis persuadé qu’un certain tourisme humanitaire, tel qu’un dossier récent l’a analysé dans le journal Libération, peut devenir une escroquerie intellectuelle. C’est pourquoi je milite pour un tourisme solidaire qui associe les personnes au développement et ne fait pas de la misère une attraction touristique. D’autant plus que la misère n’est pas toujours là on le croit. Dans un grand nombre de pays dits pauvres, j’ai découvert une extraordinaire richesse sociale et culturelle dont on ferait bien de s’inspirer dans nos contrées dites "développées".
Je crois que le tourisme est toujours propice à la rencontre. Personnellement je me positionne en "greeter", j’aime bien accueillir des gens chez moi. A Turin j’ai apprécié une visite interculturelle de la ville organisée par des migrants. En faisant simplement avec eux le tour d’une place de marché de cette ville, j’ai fait le tour du monde. J’ai participé à la déclinaison de ce concept de "balades migrants" à Paris au cours desquelles l’on proposer une visite des quartiers de Château Rouge et de la Goutte d’or où l’on peut se sentir au Mali. En rentrant chez moi, lors de ma dernière visite guidée par Siby, un jeune malien de Paris, j’ai fait un mafé de bœuf en suivant ses bons conseils, et notamment en n’oubliant pas d’utiliser les gombos, achetés dans une épicerie africaine au cours de la visite.
Je pense aussi qu’il faut savoir ralentir le rythme de ses voyages : moins loin, moins souvent, plus longtemps, ce qui ne doit pas nous empêcher d’aller au bout du monde. Quand je vais au Cap de La Hague dans la Manche, j’ai l’impression d’aller en Irlande. Quand je prépare des rouleaux de printemps, je me projette à Hanoï. J’éprouve un besoin de lenteur et de sobriété dans la mobilité pour lutter contre une tendance à bouger tout le temps. Pourtant, je pratique un nomadisme quotidien : je parcours plus de 300 kms par jour entre mon domicile en Normandie et mon bureau à Paris. Comme le souligne le philosophe Jean Viard, dans notre société il y a des inégalités de mobilité flagrantes et nous avons à mieux équilibrer les pratiques, ralentir les hyper actifs urbains, les rapprocher de la nature mais aussi favoriser l’accès à la culture et aux villes des ruraux exclus, pour encourager les rencontres, et limiter la fracture de notre société !  
En voyage on croise des solutions innovantes et on apprend beaucoup de choses quand on fait abstraction de ses préjugés. J’ai en mémoire par exemple un séjour chez l’habitant où j’avais logé sur l’île de Taquile au milieu du Lac Titicaca au Pérou. J’en ai  gardé l’image d’une grande fête de village à laquelle j’ai assisté et … la découverte de toilettes sèches, une solution écologique que je ne connaissais pas, avec un panorama à couper le souffle sur le lac et la Bolivie en face. 
 
Le voyage est un grand émetteur de carbone, n’est-ce pas un paradoxe de s’occuper de voyages et de développement durable en même temps ?
Il y a beaucoup d’autres industries qui sont beaucoup plus fortement émettrices de carbone que le tourisme. Ce dernier ne représente que, si l’on peut dire, 7 % des émissions de carbone dans le monde. Je me console en constatant que le tourisme a tellement d’autres vertus, comme le développement de relations interculturelles ou la promotion de la paix. Je me bats pour favoriser partout l’évaluation de son impact et pour en prendre conscience. Les touristes et acteurs du tourisme peuvent aussi s’engager dans des mécanismes de compensation carbone comme avec la plate-forme CO2Solidaire mise en place par le Geres (Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités). Et il est préférable d’éviter des attitudes aussi aberrantes que d’aller faire du ski au Qatar ou de passer un week-end à l'autre bout du monde.
Quand je voyage, je fais attention, par exemple en limitant des city breaks répétés et en essayant d’allonger autant que je le peux la durée de mes voyages. Je rêve d’aller au Brésil en cargo. D’ailleurs certains courts séjours sont parfois frustrants. Je me souviens par exemple d’un circuit low cost de 5 jours de en Turquie qui m’a laissé un très mauvais souvenir. Et en même temps il m’a fait prendre conscience de l’expérience que peuvent vivre certains voyageurs dans ces conditions.
 
Est-ce que vous appliquez vos idées à vos propres voyages ?
Avec ma femme et maintenant nos deux enfants nous faisons peu de voyages lointains et tentons de vivre un bonheur sobre. La distance n’a pas forcément d’importance et c’est le chemin, même court qui compte souvent plus que la destination. Nous avons fait de superbes randonnées en France à cueillir des myrtilles autour du Puy de Sancy ou à dormir dans un refuge sous la neige au col de la Schlucht. Notre voyage de noces en Norvège jusqu’aux îles Lofoten s’est fait en combi Volkswagen. Nous campions en pleine nature, au pied de glaciers et cueillant des baies sauvages. Nous avons beaucoup de souvenirs heureux du Maroc, par exemple en dégustant des cigales de mer dans un restaurant sur le quai du port d’Essaouira en 2002. Ou bien, quand, 10 ans après, nous nous étions posés quelques jours en famille dans un gîte quelque part entre Essaouira et Agadir. Nous faisions alors des randonnées avec notre fils aîné porté à dos d’âne sur le littoral atlantique et accompagné par l’instituteur du village. Nous apprécions les vacances en itinérance mêlant nuit en combi, balade en vélo et découverte des spécialités des îles comme Oléron ou la Corse. Nous aimons aussi les montagnes, en France mais aussi en Allemagne où j’ai de la famille. L’hiver c’est sympa. J’ai vécu de belles expériences de randos d’altitude autour des cimes enneigées et des lacs gelés. Concrètement j’essaye aussi d’allonger le temps de mes séjours, dans la mesure du possible comme cet été où j’ai passé 10 jours en Sicile, tellement plus profitable que les 7 jours que j’avais imaginé au départ.
 
Julien Buot en randonnée aux Monts Jura
 
Comment choisissez-vous vos voyages aujourd’hui ?
La géographie a pour moi de l’importance. Il me faut localiser sur une carte et examiner le relief de l’endroit où je veux aller. Je regarde aussi l’histoire et la culture de cette destination. En même temps, j’aime bien le côté aventure d’un voyage et arpenter une région un pays en étant libre, sans trop le préparer pour le garder des préjugés, découvrir et être surpris. C’est pourquoi j’essaie d’organiser mes voyages en me laissant baigné par l’atmosphère des lieux et je gère moi-même l’impromptu. Ma femme a besoin de sécurité, mais elle me fait confiance. Je suis très aquatique et, si possible, je cherche toujours un endroit où je pourrai me baigner, de préférence dans la mer et face au coucher de soleil pour pouvoir plonger dans son reflet !
 
Mais vous rêvez sans doute, comme tout le monde, de certains  grands voyages ?
Les Philippines me font très envie depuis que j’ai lu le livre de Thomas Graham, un journaliste anglais qui a vécu aux côtés de Tony Meloto, un entrepreneur social qui lutte contre la pauvreté dans son pays. Mais j’ai aussi envie de découvrir le Japon pour sa cuisine, sa nature, sa spiritualité et son art floral, l’ikabena que ma femme apprécie. J’ai des projets de grands tours en vélo à travers l’Europe et je rêve d’une année sabbatique, d’un tour du monde, sans même exclure une expatriation pour vivre une expérience en famille à l’étranger. Dans l’immédiat, j’aimerais bien aller en Islande et au Spitzberg, mais notre prochain voyage pourrait se passer en Martinique où des amis viennent de s’installer.
J’ai pourtant vécu une mauvaise expérience dans cette île où j’avais été braqué au couteau par des individus complètement défoncés et m’accusant d’être un nanti de touriste…Mais il faut évacuer les mauvais souvenirs pour ne garder que les bons. Au Maroc, par exemple, j’avais mangé une côte de chameau saignante et perdu cinq kilos avec la tourista que cette expérience avait provoqué. Pourtant, je suis souvent retourné au Maroc. Il y a forcément toujours des risques inhérents aux voyages, mais je suis toujours très à l’aise là où je vais. Le risque me parait plus grand à Paris que dans beaucoup d’endroit dans le monde que certains considèrent comme dangereux pour les voyageurs.
 
Vous devez avoir rapporté un bel album de photos en voyageant ?
Je n’aime pas les photomaniaques qui manquent de sobriété et de recul. Les plus belles photos que j’ai gardées, je ne les ai pas prises et pourtant elles sont restées gravées dans mon esprit, à l’image d’un voyage que j’avais fait en Ecosse avec mes parents quand j’avais quatre ans. C’est mon premier souvenir de voyage : je suis allongé sur la banquette d’un bateau, emmitouflé dans une doudoune rouge, sous un soleil pâle, je viens de vivre une expérience extraordinaire, j’ai vu des phoques, je m’assoupis. Je me souviens aussi d’images du canyon de la Colca au Pérou avec des terrasses et des condors survolant le paysage. Ce panorama était trop vaste pour être englobé dans une photo. Il est bien de ne pas toujours prendre des photos parce qu’on mémorise ses voyages autrement. J’ai ainsi gardé en moi des images extraordinaires du fleuve Niger et des villages que nous abordions depuis une pinasse empruntée pour arriver jusqu’à Ségou.
 
Parlez-moi de l’association dont vous êtes directeur ?
Agir pour un tourisme responsable (ATR) a été créé en 2004. Le point de départ de cette association a été un voyage d’exception organisé par le tour-opérateur Atalante en Ethiopie en 1995. La question des photos (faut-il s’interdire d’en prendre ou non ?) avait divisé le  groupe de voyageurs, les uns refusant de respecter la règle de ne pas prendre en photo les habitants d’un village qui les accueillait, les autres s’offusquant du fait que des touristes se croient tout permis à partir du moment ils avaient payé pour leur voyage. Ce vrai sujet d’éthique avait poussé les responsables d’Atalante à élaborer une charte éthique du voyageur pour mieux leur expliquer les enjeux du tourisme responsable et les spécificités locales des territoires qui les accueillent. ATR est né dans la foulée de cette démarche réunissant neuf voyagistes d’aventure voulant échanger leurs bonnes pratiques.
Puis en 2006, ATR a mis en place une labellisation s’appuyant sur un référentiel de 18 engagements (rénové en 2014). Le label est accordé aux adhérents de l’association après un audit réalisé par Ecocert Environnement. Les deux premiers labellisés "Tourisme responsable" sont La Balaguère et Evaneos. Cette labellisation est un outil, mais pas la finalité de l’association. Aujourd’hui ATR travaille avec le Seto (le syndicat des entreprises de tour-operating en France) pour élargir le cercle de ses membres en sortant de la niche de l’écotourisme et en s’ouvrant aux grands tour-opérateurs. Car l’enjeu est bien que tous les acteurs du marché deviennent responsables et pas seulement des TO spécialisés.
 
Comment s’est passé ce changement ?
Jusqu’en 2014, seuls les TO spécialistes, notamment des voyages d’aventure et sur mesure se sont engagés. Une centaine d’audit ont été réalisés pour attester que ces TO étaient capable de prouver leurs engagements. Puis l’association a fait évoluer le label pour rendre plus génériques les engagements du tourisme responsable, non pas en assouplissant les critères mais en supprimant ceux qui étaient trop liés au tourisme d’aventure. Le nombre d’adhérents est ainsi passé de 10 à 20 en intégrant des TO plus importants comme Vacances Transat, Salaün Holidays ou Les Ateliers du Voyage, la marque sur mesure de Kuoni. Aujourd’hui ATR représente les TO d’aventure au Seto tout en y animant une cellule technique sur le tourisme durable.
ATR adhère également une association plus large (d’une centaine de membres), ATD ("acteurs du tourisme durable"), un syndicat interprofessionnel qui dépasse le cadre du voyage, pour rassembler également d’autres acteurs du tourisme : réceptifs (hôtels, restaurants, …), institutionnels, prestataires de services. ATD cherche à démystifier une image du tourisme durable qui serait celle d’un tourisme inconfortable, cher et ne concernant que des pays en développement. Aujourd’hui certains grands TO entrent en scène en mettant sur le marché des circuits de tourisme solidaire. Mais si la solidarité est un des 16 engagements du tourisme responsable, il est préférable de parier sur un  tourisme responsable sans charité pour améliorer la qualité des produits et de l’impact des voyages sur les destinations. Et de ne pas réserver l’engagement du TO à une gamme de voyages solidaires, au risque d’être accusé de greenwashing. Le label ATR est justement un outil tant pour structurer et améliorer les pratiques que pour garantir que les engagements du tourisme responsable sont respectés. Je vais en témoigner prochainement lors des Universités du Tourisme Durable, accueillies cette année par un territoire que j’affectionne particulièrement, le Morbihan, qui pourrait bien être considéré comme le berceau du tourisme responsable en France. La Bretagne vient d’ailleurs d’apparaître dans le top 100 des Green Destinations !
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