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"L’inca et le conquistador" au Musée du Quai Branly

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L'entrée de l'exposition "L'Inca et le conquistador" au Musée du Quai Branly à Paris

Une brutale rencontre est-ouest. Les uns étaient arrivés par l’ouest et peuplaient les Amériques depuis des millénaires. Les autres venaient de débarquer par l’est. Leur rencontre au début du XVIème siècle fut violente, sanguinaire et destructrice. Lors de mes voyages dans les pays andins, je me suis toujours demandé comment l’immense et brillant empire Inca avait pu s’écrouler aussi facilement devant une poignée d’aventuriers espagnols errants.

L’exposition "L’inca et le conquistador" au Musée du Quai Branly m’a aidé à mieux comprendre cette énigme de l’histoire qui a changé la face d’un continent et du monde. J’ai beaucoup aimé l’aspect didactique de cette exposition via un parcours de cartes géographiques -simples et éclairantes- qui remplacent beaucoup de commentaires. Elles sont pourtant accompagnées de nombreux et passionnants panneaux de textes, pourtant trop longs et trop détaillés à mon goût, dont la lecture provoque des bouchons de visiteurs.

Mais il faut bien compenser le peu d’objets. Car les espagnols fondaient toute l’orfèvrerie et toute l’argenterie Inca qu’ils pillaient. Il n’en reste que de minuscules objets. Heureusement le Musée du Quai Branly présente, à côté des mini statuettes rescapées, de belles et étonnantes poteries, quelques tissus, des armes espagnoles et incas et des peintures espagnoles bien ultérieures,  comme celles de l’école de Cuzco du XIXème siècle, qui recomposent l’histoire.

Les auteurs de cette exposition ont pourtant réussi à s’affranchir des récits de l’histoire officielle espagnole et à reconstituer les événements de manière plus juste et équilibrée. Tout avait commencé dans le sillage du voyageur-explorateur qu’avait été Christophe Colomb : d’innombrables aventuriers s’étaient lancés sur la nouvelle route maritime ouverte vers l’ouest, assoiffés par la croyance d’un "pays gorgé d’or" et poussés par les ambitions impérialistes de Charles Quint qui régnait alors à la fois sur le centre de l’Europe, sur l’Espagne et donc sur ces "Indes occidentales" nouvellement découvertes.

Parmi ces aventuriers, se trouvait une bande de soudards espagnols, arrivés aux Caraïbes, puis partis au Panama où ils découvrirent ce qu’ils appelèrent la "Mar del Sur" et qui était en fait l'Océan Pacifique. C’est en descendant les côtes de cet océan, plus au sud (le long des actuels Equateur et Pérou)  qu’ils entrèrent en contact avec l’empire Inca. Cet empire considérable s’étendait du sud de la Colombie actuelle au sud du Chili. Il était développé, raffiné, structuré, organisé, riche et centralisé.

Dans la rencontre entre les Incas et les conquistadors, tout s’est joué en quelques instants, en un lieu unique. J’ai trouvé que l’exposition le mettait bien en scène cette tragédie : il s'agit de la cité de Cajamarca à 2700 m d’altitude dans les Andes où les deux chefs, qui s’étaient jusque-là nargués, se sont retrouvés : Atahualpa, le demi-Dieu Inca, d’un côté et Francisco Pizarro, le conquistador de l’autre. Leur rencontre a rapidement tourné court :  les 168 soldats espagnols mirent la cité à feu et à sang, se sisirent d'Atahualpa et mirent en fuite son armée.

Pour expliquer ce bref affrontement, chaque camp a invoqué une offense impardonnable : les Incas reprochaient à Pizarro d’avoir refusé de partager une coupe qu’on lui offrait. Les Espagnols s’offusquaient qu’Atahualpa ait jeté la Bible qu’on lui tendait. Ce type d'incompréhension causé par des écarts culturels énormes a déclenché besucoup de guerres dans l'histoire ! Même en 2015, pendant un voyage une incompréhension culturelle peut entraîner des réactions disproportionnées ! En 1532, Atahualpa avait fait apporter comme rançon pour obtenir sa libération, des tonnes d’or et d’argent mais il fut quand même garrotté par les espagnols et son empire dépecé.

L’expo du Quai Branly apporte plusieurs explications pour comprendre la violence de cette confrontation. Les soldats espagnols disposaient de chevaux (inconnus aux Amériques), d’armures, d’armes (arquebuses, arbalètes, hallebardes…) beaucoup plus puissantes que les massues et les frondes des Incas. Surtout, ils étaient poussés par leur cupidité et leur fanatisme religieux (comparable à celui d’islamistes aujourd’hui). Ils étaient en terre inconnue et les épreuves qu’ils venaient de surmonter les poussaient à l’audace, à risquer le tout pour le tout. En face, les Incas, sur leurs terres, étaient trop sûrs d’eux et leur roi qui régnait cruellement était considéré comme intouchable et inatteignable. Surtout l’empire Inca, comme tous les empires trop étendus, était en pleine division.

Après la mort d’Atahualpa, les 168 conquistadores vainqueurs se sont partagé les 4,5 tonnes d’or et les 9 tonnes d’argent qui avaient été apportées comme rançon. Seulement 1/5ème de cette masse fut envoyé à la couronne d’Espagne et Pizarro s’était attribué la part du lion. La répartition entre les hommes de ces richesses, comme des territoires, avait été inégale.  Ce qui fut une erreur fatale et le début d’une rivalité impitoyable entre les vainqueurs espagnols. La plupart d'entre eux, dont Pizarro, finiront exécutés ou assassinés par leurs rivaux.

Je conseille vraiment à tout voyageur partant vers l’Equateur, le Pérou ou les Andes de visiter cette exposition enrichissante. Soit parce qu’il ne veut pas voyager idiots, soit parce qu’il ne veut pas se comporter lui-même comme un voyageur ou un touriste conquistador.

Exposition du 23 juin 2015 au 20 septembre 2015 au Musée du Quai Branly à Paris

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Commentaires

Soumis par Juliette le
N'est-ce pas un peu exagéré de comparer le fanatisme des chrétiens espagnols d'alors à celui des islamiste d'aujourd'hui ?
Soumis par Olivier le
Les auteurs de l’exposition sont très clairs à ce sujet. Voici ce que j’ai lu dans le Musée : « Depuis 1512, les conquistadors sont censés lire le « requirimiento » aux indigènes lors d’une première rencontre. Cette exhortation leur demande d’accepter l’autorité royale et la prédication de l’Evangile, en précisant les conséquences d’un refus : « nous vous ferons une guerre sans merci, vous soumettrons au joug et à l’obéissance de l’Eglise et de la Majesté, nous emparerons de vous, de vos femmes, de vos enfants, et vous réduirons en esclavage, vous vendant ou disposant de vos personnes comme l’ordonnera sa majesté ». La religion a bon dos. Le roi d’Espagne en use et en abuse. En effet, comme à chaque fois que le pouvoir politique est lié à une religion, les pires abus sont commis au nom de cette religion. Si un pouvoir musulman conquérant nous adressait aujourd’hui le même type de menace, que dirions-nous ? N’est-ce pas le cas d’ailleurs ? Que disons-nous ? L’histoire nous apprend à comparer des situations. A côté de ces menaces des conquistadors, l’exposition montre qu’un prêtre espagnol, contemporain de Pizarro, Bartolomé de Las Casas, a passé toute sa vie à dénoncer les excès commis par les colons espagnols. Il a écrit un véritable réquisitoire contre leurs exactions dans un ouvrage qu’il a adressé à Charles Quint : « La très brève relation de la destruction des Indes » (« Brevísima relación de la destrucción de las Indias ») disponible chez plusieurs éditeurs en français

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